Qu'est-ce que la Thérapie Provocatrice ?

 

 

 

 

 

 

 

"L'habituel cache les défauts.

Si tu le renverses, ils apparaissent,

uniquement parce que ce n'est plus l'habituel.

Renversez tout... toujours ! En vous-même !

L'habituel, c'est la mort."

(Dialogue avec l'Ange)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Frank FARRELLY (1931 - )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La provocation sert à améliorer la réactivité du système nerveux autonome de l’usager, le pousse à accroître ses efforts d'adaptation, et réveille l'émotion. Et ce, que cela soit par une interaction apparemment « positive » ou « négative », ou grâce à une communication multi-niveaux, tout cela en préservant un profond rapport thérapeutique positif, une super-synchro !

 

Frank Farrelly est le champion de cette approche, qu'il a poussé jusqu'à la rendre thérapeutique par elle-même. Extrait de son ouvrage « La Thérapie Provocatrice » :

 

Usager (sur un ton élevé et furieux) : Vous me faites chier ! Si vous n'arrêtez pas de me parler sur ce ton, je quitte la thérapie et ne paie pas votre compte !

Thérapeute (avec une expression anxieuse et suppliante) : Je vous en prie, ne faites pas ça ! J'ai besoin de cet argent ! (s'effondrant d'un air découragé dans son fauteuil, la main au front, d'une voix étranglée et déprimée) : tant pis, je n'aurai qu'à dire à Jeanne et aux enfants que nous n'aurons pas de Noël encore cette année...

Usager (toute une gamme d'émotions lui traverse le visage : colère, rire, puis avec calme) : ça va, ça va, allez au diable. Je sais que j'ai besoin de vous plus que vous avez besoin de moi, mais merde, Franck, allez-vous arrêter...

 

La provocation « à la Farrelly » est pour moi la forme la plus naturelle de la congruence. Vous avez l'autorisation de toujours dire ce que vous pensez !!!

Comme le dit Farrelly lui-même, si vous dites tout haut la pire des choses qui vous vient à l'esprit en voyant ou en entendant votre patient, alors vous avez une chance de vous approcher au plus près de ce à quoi il (ou elle) a déjà pensé de son cas. C'est vrai : essayez ! De toute façon, si vous le pensez et ne l'exprimez pas, vous romprez la synchronisation, et ça le patient le ressentira...

 

Nous sommes loin du gentil thérapeute poli et propre sur lui, strictement empathique, parfumé à la naphtaline !

 

Milton Erickson disait à ses patients qu'il ne comptait certainement pas devenir un de leurs amis, puisque leurs amis n'avaient rien pu faire pour les aider. Lui leur dirait ce que le meilleur de leurs amis aurait pu leur dire, si les règles de politesse et autres conventions sociales n'avaient pas étouffé le message. Et s'il fallait pour cela paraître « dur » ou « méchant » ou « cynique », alors tant pis, cela ne l'arrêterait pas, car son but était la guérison de la personne, la réussite de leur rencontre.

 

Erickson concluait généralement en précisant que, malgré tout, il était sûr que chacun trouverait la relation cordiale et que lui ne ferait rien pour empêcher cela.

Là est l'astuce ! La provocation en thérapie joue sur une incongruence volontaire et maîtrisée entre :

 

  • le verbal, provoquant le Conscient,
  • et le non-verbal puissamment empathique, doux, et accompagnant l'Inconscient.

 

D'abord, il s'agit de comprendre cette forme de « provocation » comme un « pousser à agir » et non une quelconque incitation à un comportement agressif. Pour reprendre la définition qu'en donne le Larousse, c'est « inciter, pousser quelqu'un à faire quelque chose ».

 

Ensuite, il ne s'agit pas non plus de cynisme gratuit, de grossièreté ou d'arrogance. Cela, c'est de la méchanceté, pas de la thérapie. En provocation thérapeutique, le verbal exprime une chose, souvent dure, choquante ou déconcertante pour le patient, et le non-verbal exprime une immense bienveillance, le tout en parfaite synchro. Comme le dit Farrelly :

 

« La congruence totale, lorsqu'elle est constante,

est très utile aux patients :

non seulement vous pouvez rire d'eux sans leur faire de tort,

mais cela peut même les aider ! »

 

Cette façon d'être permet de bâtir en deux heures une relation plus forte qu'en vingt séances traditionnelles. De plus, comme je vous le disais en début de paragraphe, tout ce que fera le thérapeute utilisant la provocation sera destiné à déclencher de la rébellion, de la colère contre le symptôme, le comportement inadéquat. Les réactions ainsi provoquées stimulent l'ensemble du système psycho-physiologique du patient. Les gens se transforment et s'épanouissent face au défi !

 

L'humour est omniprésent. Farrelly nous explique :

 

« Si le client ne rit pas pendant au moins une partie de l'entrevue,

il ne s'agit pas de thérapie provocatrice

et le travail risque d'avoir des résultats néfastes »

Farrelly pense donc que le but du thérapeute est de permettre au patient d'expérimenter (à nouveau) cinq comportements particulièrement utiles à l'atteinte de ses objectifs ou sa guérison :

 

  1. Faire preuve d'assertivité : le thérapeute cherche à provoquer des « réactions de combat ».
  2. Démontrer sa valeur personnelle, en paroles et en actes.
  3. Acquérir l'autonomie. Savoir se défendre de manière réaliste et appropriée : « le monde n'est pas un cabinet de psychothérapie ».
  4. Prendre conscience de sa place et de la réalité sociale. Se comporter de façon rationnelle, par rapport à la norme culturelle en usage : « Vous n'êtes pas responsable de la tête que vous avez, mais vous êtes responsable de la gueule que vous faites ».
  5. Communiquer de façon positive, spontanée, et savoir faire preuve d'émotions : affectives (amitiés), amoureuses, sexuelles (attirances)...

 

 

Sur le thème de la Thérapie Provocatrice, je vous recommande l'ouvrage intéressant de son créateur :

  • FARRELLY, F., & BRANDSMA, J., La thérapie provocatrice, Satas, 2000.

 

De même, une visite par le site de Frank Farrelly n'est pas dénuée d'intérêt.

 

              

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